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Écrit par A. Arnaud KABEYA   

« Les Camerounais sont ignorants des dangers liés aux DEEE »

Représentant des Ateliers du Bocage (France), Hubert Fodop était au Cameroun du 22 au 25 février 2011. Entre autres buts de cette 1ère visite : évaluer les activités du projet Clic Vert Cameroun et  apporter un appui à l’atelier de démantèlement en plein décollage. Entretien ouvert au terme de la visite.

 

-          Présentez-vous brièvement…

J’assure aux Ateliers du Bocage, entreprise française spécialiste du recyclage des ordinateurs et téléphones mobiles, la coordination du programme Clic vert. C’est un programme plutôt orienté vers l’international et mené en partenariat avec Emmaüs International, avec pour but de contribuer à l’inclusion numérique dans les pays africains, tout en les aidant à préserver leur environnement contre la pollution électronique. Il s’agit concrètement dans un premier temps de fournir à ces pays des équipements (ordinateurs, téléphones mobiles) de seconde main, collectés en France et préalablement testés dans nos ateliers des Deux-Sèvres pour s’assurer qu’ils marchent bien et que l’on n’envoie pas des déchets vers ces pays. Et dans un second temps de mettre en place dans les pays où nous intervenons, un atelier de démantèlement d’ordinateurs et téléphones mobiles hors d’usage ; une façon d’apporter modestement notre contribution à une gestion plus responsable des Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (DEEE) dans les pays du Sud, qui manquent cruellement d’infrastructures appropriées pour la gestion de ce type de déchets. Le programme Clic vert intervient aujourd’hui dans plusieurs pays dont le Burkina, le Cameroun, le Bénin, le Burundi. Pour 2011 nous comptons démarrer des activités à Madagascar, au Mali et au Rwanda, au Niger et au Togo.

 

 

-          Quel est l’objet de votre visite au Cameroun ?

Je suis venu rencontrer notre partenaire ASSOAL, pour faire le point sur l’évolution des activités de Clic vert au Cameroun. Il s’est passé presque deux ans depuis le lancement en juin 2009, et il était plus que temps d’évaluer le chemin parcouru. J’ai pu constater que les deux axes principaux du programme – réduction de la fracture numérique et préservation de l’environnement – sont bien fonctionnels.  De nombreuses écoles ont ainsi pu s’équiper en matériel informatique et à moindre coût grâce à Clic vert, rendant accessible l’ordinateur à des centaines d’écoliers. Nombre de nos jeunes compatriotes ont également pu s’initier à l’informatique, parmi lesquels certains ont même pu trouver un emploi, grâce aux formations proposées à travers le Centre de Ressources pour le Développement Local. Enfin l’atelier de démantèlement des ordinateurs en fin de vie est fonctionnel. A présent, il va falloir le développer, et pour ce faire il faudra rendre audible notre message sur les risques liés à un traitement inapproprié des DEEE, et amener progressivement les principaux détenteurs de gisements de DEEE à s’associer à notre action. Je tiens à saluer le travail ainsi accompli par toute l’équipe de Clic vert Cameroun.

 

 

-          Quels sont les dangers liés aux Déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) ?

Les dangers liés aux DEEE sont de deux principaux ordres : environnemental et sanitaire. Ces dangers tiennent surtout aux propriétés nocives de certaines matières utilisées dans la fabrication des appareils. On peut citer entre autres, le plomb, le lithium, le mercure, ou le cadmium. Le cadmium par exemple est un métal très lourd présent dans les écrans à tubes cathodiques, les circuits imprimés, les batteries, les condensateurs, les chargeurs, et peut être à l’origine de certains cancers. Toutes les matières que nous venons de citer sont potentiellement dangereuses, dès lors qu’elles s’infiltrent dans les sols ou se libèrent dans l’atmosphère en cas de brûlage à ciel ouvert, ou enfouissement. Or beaucoup de vieux ordinateurs, provenant parfois d’entreprises respectées de la place, finissent dans des décharges, où elles sont souvent incinérées au même titre que les déchets ménagers. Je pense que l’immensité des services que nous rendent les ordinateurs et les téléphones mobiles doit aller de pair avec une grande conscience des dangers qu’ils comportent. A titre d’exemple, une batterie de téléphone mobile à elle seule peut polluer jusqu’à 600 000 litres d’eau.

 

-          Quelques commentaires après la visite de l’atelier de démantèlement des DEEE du projet Clic Vert Cameroun

L’atelier de démantèlement est à ses débuts, et a surtout besoin de se faire connaître, et de développer un vrai réseau de collecte. Cela passe par des partenariats avec les entités détentrices de déchets, en particulier les entreprises et les administrations, qui consomment de grandes quantités d’ordinateurs, mais n’avaient jusque-là aucun partenaire pour une gestion appropriée de la fin de vie de ces équipements.

J’ai bon espoir, face à l’ampleur des besoins, que Clic vert Cameroun saura faire adopter son offre en matière de collecte et de démantèlement des déchets d’ordinateurs par les cibles concernées. Elle pourra toujours compter sur le soutien des « Ateliers du Bocage » et son expérience dans ce domaine en France et dans d’autres pays africains comme le Burkina. Il convient de souligner à l’attention des partenaires potentiels de Clic vert Cameroun, que les Ateliers du Bocage s’engagent avec ASSOAL, pour rapatrier en France dans le cadre des dispositions de la convention de Bâle encadrant les transfert transfrontaliers de déchets dangereux, tous les déchets qui en l’état actuel ne peuvent pas être recyclés au Cameroun sans risque pour l’environnement et la santé des personnes. Dans le cadre de nos activités au Burkina soutenues par Orange France, nous prévoyons de transférer un premier container de déchets d’ordinateurs et de téléphones mobiles en France d’ici mai 2011.

 

 

-          Les ménages Camerounais ne semblent pas assez sensibilisés sur le sujet. Que doivent faire les Camerounais pour lutter efficacement contre la pollution électronique ?

Vous touchez là un problème essentiel. Il y a une grande ignorance de la population en général des dangers liés aux DEEE. Il est important de dire à tout le monde, sans renier une fois de plus les immenses services que nous rendent les téléphones portables, les ordinateurs et autres appareils électriques et électroniques, que les déchets qui en sont issus sont dangereux et ne doivent pas être gérés de la même façon que des restes d’aliments, ou des vieux vêtements. C’est un combat de longue haleine. Pour y parvenir, il faut qu’on arrive un jour à faire le tri sélectif des déchets par exemple. Cela implique de mettre à la disposition des populations des bacs leur permettant de classer les déchets suivant leur nature, pour qu’on ne retrouve plus dans le même bac – comme c’est le cas aujourd’hui – des restes d’aliments, des vieux vêtements, des piles, des écrans à tube cathodique, des batteries de téléphones mobiles, etc. Cela passe aussi par la sensibilisation et l’éducation environnementale, pour faciliter le changement de comportement. C’est enfin un combat politique. Car à ce jour il n’y a aucune ligne dans notre Code de l’environnement qui parle des Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques.

 

 

-          Y a-t-il vraiment nécessité de faire un plaidoyer auprès des autorités  Camerounaises pour qu’enfin le gouvernement puisse trouver des solutions concrètes  à ce problème ?

Comme pour tous les grands sujets engageant l’avenir du pays – et Dieu seul sait quels dangers font courir aux pays africains les DEEE, eu égard à l’absence de capacités de traitements appropriées – l’engagement du gouvernement est indispensable pour créer les conditions de l’émergence de professionnels du recyclage des DEEE au Cameroun. Clic vert Cameroun avec ASSOAL essaie modestement de montrer la voie, en espérant être rapidement rejoint par les pouvoirs publics. Dans ce sens, il s’avère nécessaire à mon sens, en plus des actions concrètes qui sont déjà menées à travers la création de l’atelier de démantèlement, de faire auprès du gouvernement un plaidoyer allant dans le sens de l’amélioration du cadre légal existant, afin d’y insérer la notion de DEEE, ainsi que les dispositions définissant les rôles et obligations des uns et des autres pour prévenir les situations de pollution électronique que connaissent aujourd’hui des pays comme l’Inde ou la Chine, et plus près le nous le Ghana ou le Nigeria.

 

 

-          Quelques mots sur l’expérience du Burkina-Faso où travaillent également les Ateliers du Bocage et qui semble être un cas d’école en Afrique dans le domaine de la collecte et démantèlement des DEEE ?

Le programme Clic vert a pris pied en Afrique à travers le Burkina Faso, en fin 2005. Depuis lors nous avons équipé en ordinateurs plusieurs dizaines d’écoles et acteurs du monde associatif. L’engagement des Ateliers du Bocage et d’Emmaüs International à travers Clic vert consistant à lutter contre la fracture numérique en Afrique tout en préservant l’environnement, nous avons mis en place à partir de 2008 à Ouagadougou, un atelier de démantèlement d’ordinateurs hors service, qui a déjà collecté quelques tonnes de déchets auprès des administrations, des entreprises et des particuliers.

Notre initiative au Burkina a bénéficié à partir de 2010 d’un appui d’Orange France pour la mise en place d’une action spécifique aux déchets de téléphones mobiles. Cette action a permis à ce jour de collecter 15 tonnes de déchets, principalement auprès des réparateurs et des revendeurs. Ces déchets seront prochainement transférés en France pour y être recyclés, dans le strict respect des dispositions de la convention de Bâle.

 

-          Libres propos

Nous continuerons de suivre l’évolution des activités de Clic vert Cameroun avec ASSOAL, tout en lui garantissant toujours notre appui comme c’est le cas depuis le début de l’aventure au Cameroun en 2009.

 

Propos recueillis par Eric O. LEMBEMBE

Hubert Fodop : « L’engagement du gouvernement est indispensable pour créer les conditions de l’émergence de professionnels du recyclage des DEEE au Cameroun».

 

 

 

Développement local

Pollution électronique

Nos cybercafés en marge des impératifs techniques de l’heure

Des vieux matériels informatiques sont stockés plutôt que d’être livrés aux structures spécialisées.

 

Le recyclage informatique est pour bon nombre de détenteurs de cybercafés, un vain slogan et une réalité non connue. Il faut faire un tour dans les cybercafés qui abondent dans nos villes et particulièrement à Yaoundé pour s’en rendre compte. Ecrans, claviers, unités centrales, bref les Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (DEEE) sont déposés à même le sol. Pour quelle finalité ? Personne n’a pu révéler exactement les raisons de ce stockage. «  Je garde ces matériels là, peut-être qu’un jour, ça pourra me servir mais pour le moment, je ne peux dire exactement en quoi faisant », déclare Pierre Onana, propriétaire d’un cybercafé au quartier Manguiers.

D’autres par contre ne veulent même pas s’en débarrasser dans le but de trouver un jour les techniciens qui pourraient en avoir besoin qui leur proposeraient une monnaie d’échange. «  Je n’ai pas ramassé ces appareils et je ne peux pas m’en débarrasser aussi facilement, et surtout que de nos jours tout se vend à la casse. Un jour, je pourrai toutefois les vendre en pièces détachées », explique un gérant de cybercafé au quartier Essos. Selon le propriétaire du cybercafé de Vindata solutions au quartier Elig Edzoa : «  Dans les pays développés, notamment la France, ces machines qui sont envoyées en Afrique dans le cadre de la solidarité numérique sont des machines propres à être déclassés. Destinées au réemploi vers les pays pauvres, leur envoi contribue à exposer davantage les populations à des risques environnementaux et sanitaires, surtout  qu’il n’existe pas d’unités de recyclage spécifique, d’où la nécessité de s’en libérer, en les donnant à des structures spécialisées, mais celles-là doivent aussi penser à compenser cette offre».

 

Un nœud à délier

D’après Arnaud Nkanjo, le responsable de l’atelier de démantèlement, structure spécialisée dans la collecte et le démantèlement des DEEE, le problème de monnayer la collecte de ces DEEE demeure une difficulté majeure à laquelle cet exercice fait face au quotidien. Ceci s’explique du fait qu’en Afrique en général et singulièrement au Cameroun, des vieux équipements informatiques sont stockés dans un coin ou dans des placards comme un patrimoine à préserver, oubliant que pour les pays industrialisés qui les envoient en Afrique, c’est une façon de se débarrasser ainsi du problème de leur élimination. 

Face au flux de plus en plus importants de ces déchets informatiques, les acteurs de la filière de recyclage naissante ont une lourde mission de conscientisation des utilisateurs de ces équipements de la nécessité de s’en débarrasser pour le recyclage dans les pays industrialisés où ce secteur est bien organisé. « Le démantèlement et le recyclage de ces produits dans les pays pauvres est très préoccupant, d'autant plus que les méthodes sont rudimentaires. En effet, ces activités posent de graves problèmes pour la santé et l'environnement. Les ouvriers des centres de recyclages des pays pauvres font souvent face à des conditions de travail déplorables et dangereuses, travaillant sans hautes mesures de protection », martèle Gustave Nono, responsable du projet « Clic Vert » Cameroun.

 

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