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Écrit par Jules Dumas Nguebou   

Tri-articuler le partenariat multi-acteurs

L'idée de partenariat ou de concertation tri-articulée et multi acteurs s'est imposée au cours de ces dernières années, dans un contexte de centralisation, de rupture du dialogue social, de déclin de la citoyenneté et de dégradation des conditions de vie.

Cependant, malgré la volonté affirmée de "faire participer toutes les composantes de la communauté à la gestion des différentes activités", les acteurs du développement : pouvoirs publics, populations locales, collectivités décentralisées, ONG et autres organisations de la société civile, entreprises du secteur marchand – sont encore confrontés à la question de savoir qu'est-ce vraiment la concertation ou le partenariat ?

Comment, en particulier, pourrait-on l'évaluer et comment différents intervenants pourraient-ils utiliser cette concertation tri-articulée (c'est-à-dire une concertation respectant la participation des représentants des principaux secteurs de la vie publique dans nos sociétés, à savoir : l’Etat représenté par le gouvernement, la Société civile représentée par les organisations sociales de typologies variées, et le marché représenté par les entreprises privées à but lucratif), pour améliorer le cadre et les conditions de vie ?

En outre, les savoirs et capacités « managériales » des organisations de la société civile, des institutions communales et du secteur privé ont souvent été affaiblis par la multiplication d’intervenants extérieurs, l’absence des cadres de concertation, la rareté des informations, et la participation s'en est trouvée dissoute. Dans les villes de Douala, Yaoundé, Bafoussam et dans de nombreuses autres localités du Cameroun, on a vu ces dernières années se développer de nombreux programmes poursuivant parfois les mêmes objectifs, mais isolés les uns des autres et offrant des apparences de concurrence et substituant en lieu et place de la participation citoyenne et du partenariat avec les entreprises du marché, le dialogue avec les prestataires et offreurs de services, les élites bureaucrates d’ONG de salons, de plateformes ou réseaux de faits, de faitières confessionnelles et de Centrales syndicales, etc.

Tradition «top down»

Dans certains cas, les systèmes traditionnels de gouvernance et de gestion du patrimoine public n'ont pas réussi à s'adapter au contexte nouveau de démocratisation et aux pressions de diverses origines. Il en a résulté l'intensification des écarts entre gouvernants et gouvernés, acteurs publics, privés et sociaux, et la généralisation de la pauvreté s’en est suivie: cette faible place accordée au dialogue tri-articulé, aux compétences et à la légitimité des voix citoyennes et du secteur privé marchand est largement imputée à la tradition descendante (top down) de la formulation et de la mise en œuvre des politiques publiques de l’Etat centralisateur et administratif.

 En relation avec une adhésion au principe de « concertation tri-articulée et multi acteurs », des tentatives novatrices ("bonne gouvernance", "décentralisation", "citoyenneté active", "démocratie participative" « cogestion », « partenariat public-privé », « comités consultatifs divers »…) se sont développées au cours de ces dernières années en vue de créer des conditions nécessaires à  l'implication de toutes les parties prenantes  dans la gestion des affaires publiques. Cependant, malgré la volonté affichée d’appuyer la politique sur les caractéristiques et les potentialités des territoires concernés, malgré la multiplication des dispositifs partenariaux mis en place pour impliquer tous les acteurs, les logiques administratives sectorielles (appliquées sur le terrain par les services déconcentrés de l’Etat ou les agences de prestation de services de développement), et les procédures standardisées inadaptées ralentissent et bloquent les processus de développement concerté, l’implication des entreprises du marché et la participation des organisations de la société civile notamment celles des quartiers pauvres et des villages.

Par ailleurs, certaines tentatives d’innovation ont été elles-mêmes une source de problèmes. Quelques schémas de décentralisation en particulier (déconcentration, autonomisation des collectivités locales, libéralisation etc.), ont développé une approche paradoxale des discours par rapport à la réalité, en présumant que l'introduction des "notions de démocratie ou de participation", « plaidoyer », « transformation sociale », « responsabilité sociale », etc. suffirait à résoudre tous les problèmes de la communauté. Une telle approche manque de reconnaître les capacités endogènes, les principes de complexité et de diversité qui régissent les dynamiques sociales dans  les quartiers et les villages camerounais.

 Limites

De nombreux projets ont ainsi souffert de l’absence de concertation, des pressions extérieures et l'incapacité des décideurs à intégrer les modes de gestion qu'ils proclament et des acteurs à s’inventer face aux situations nouvelles, changeantes. La plupart des modèles de gestion, n’ayant pas été conçus pour s'adapter aux changements et provoquer des dynamiques de progrès tels qu’ils supposent.

 

Ces limites ne sont pas propres au contexte camerounais. Dans de nombreux autres Etats africains, la multiplication des interventions des acteurs de la coopération dans des programmes de plus en plus de coopération et de développement continue de faire remarquer une absence totale de mécanisme de concertation incluant les organisations de base et les acteurs privés du marché. Il en résulte une méconnaissance mutuelle et même parfois une concurrence entre acteurs intervenant dans les mêmes zones, des initiatives qui font double-emploi, l’intrusion du phénomène de la corruption dans les prestations diverses, l’émergence d’organisations opportunistes créées en fonction des financements annoncés et non en fonction des besoins des bénéficiaires.

 

Manque d’intérêt des bénéficiaires

Dans de nombreux cas, les politiques nationales en ce domaine ont privilégié l’utilisation des indicateurs quantitatifs de précarité qui limitent le mal aux effets et la concertation aux appels d’offre. La conséquence immédiate, c’est le manque d’intérêt du grand nombre de citoyens aux programmes et la monopolisation des instruments (procédures) de développement par une minorité de personnes averties. L’exemple de plusieurs programmes de promotion d’emplois jeunes, d’appui à la décentralisation, au secteur privé ou à la société civile qui se développent sous l’indifférence des jeunes, des entrepreneurs et des habitants eux-mêmes illustre très bien cette dernière idée.

 

Dans ces conditions, le dialogue tri-articulé et multi-acteurs qui suppose la capitalisation des expériences, la réflexion collective, la circulation de l’information, la mise en réseau d’acteurs et la création d’espaces inter-réseaux d’échanges d’expérience et de concertation sont nécessaires à la gestion participative ou la participation de la société civile. Cela est particulièrement vrai des contextes comme celui du Cameroun où les données sur les communautés et les acteurs de développement du secteur marchand ne sont pas toujours disponibles. En partenariat, l'état de l'art est au développement d’une citoyenneté active capable de se renouveler par la reconnaissance mutuelle des acteurs, l’apprentissage du dialogue et l'acceptation de la diversité, la coproduction et la cogestion des projets tri-articulés, et des règles de suivi- évaluation.

Échanges d’expériences

Pour ce faire, on reconnaît la nécessité pour les acteurs de se former mutuellement, continuellement et librement, par l’échange d’expériences, l’information et l’implication au sein des dynamiques nouvelles. Par le dialogue à trois, l’apprentissage permanent et l’acceptation des diagnostics collectifs, le processus de construction de la citoyenneté ou de participation de la société civile se donne ainsi les moyens de suivre une courbe ascendante.

 Dans un contexte où il y a multiplicité d’acteurs, ce processus de remise en question collective ne peut se réaliser efficacement que si toutes les parties prenantes acceptent de se mettre ensemble. Développer la concertation entre l’Etat, l’institution communale, la société civile, les entreprises du marché pour le renforcement de la société débouche sur la mise en place de systèmes de concertation tri-articulée perfectibles, s’appuyant sur des mécanismes de partenariat et de dialogue socialement définis et articulés sur différents types d’acteurs, différents niveaux de territoires, différents niveaux de décision, différentes problématiques à attaquer. Le processus qui nous semble avoir le plus de chance de succès est celui qui prend en compte les intérêts de toutes les composantes sociales et qui s'appuie sur la reconnaissance des compétences notamment celles des organisations de base et des entreprises de promotion économique locale.

 

Principes de terrain

Ce processus se fonde sur les principes suivants issus d’une série d’initiatives développées par ASSOAL sur le terrain de la transformation sociale urbaine:

Toutes les parties prenantes, informées, ont une contribution à apporter et un rôle à jouer dans la promotion des initiatives de développement, la construction de la citoyenneté et des processus qui garantissent la co-responsabilité. 

Sans un minimum de consensus ou, au moins, un accord de principe entre les principales parties (public-privé-social), sur le pourquoi et le comment des initiatives, la dégradation du dialogue social et la pauvreté seront accélérées.

Les villes et les communautés locales camerounaises tout comme les organisations sociales qu’elles comportent sont chacune prise individuellement, des entités complexes.  L’uniformisation ou modélisation des démarches est une voie peu probable pour établir des solutions viables et durables ; la prise en compte des réflexions locales, instruments de participation et initiatives locales, instrument de citoyenneté devient le socle d’élaboration des politiques nationales ; régionales et globales.

•Il est important de tenir compte de l’environnent culturel et renforcer le rôle des organisations d’habitants des quartiers populaires, des villages et des opérateurs économiques locaux dans la mise en place des programmes de développement.

Ces principes qui résument aujourd’hui la philosophie d’intervention d’ASSOAL sont aussi les socles qui guident la démarche et les différentes propositions en terme d’interventions faites à nos partenaires et sur l’ensemble de nos thématiques de travail. 

Mise à jour le Dimanche, 12 Juin 2011 13:10
 

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