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Écrit par Jules Dumas Nguebou   

La réponse c’est non. Des cadres stratégiques appuyés sur des slogans se succèdent, les uns peu ou prou pertinents que les autres. Mais le résultat est toujours le même : endettement, faiblesse des investissements publics, insuffisance criarde des services sociaux de base (écoles délabrées, mal équipées, enclavement, manque d’eau potable…).

Et pourtant, on est passé, depuis les indépendances, du développement autocentré, aux plans quinquennaux, en passant par le libéralisme communautaire, les plans d’ajustement structurels, l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE), le Document de Stratégie pour la Réduction de la pauvreté (DSRP), au Documents de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE).

Le concept des Grandes Ambitions, porté sur les fonts baptismaux à la faveur de la campagne présidentielle de 2004 a tracé le sillon des grands projets. Quelques années plus tard, on est passé des Grandes Ambitions aux Grandes Réalisations. Le Cameroun devrait alors prendre la forme d’un vaste chantier selon une annonce forte du Chef de l’Etat en 2011 à la faveur de la tenue de Congrès Ordinaire de son parti. Mais qu’est ce qui a changé ?

Sur le terrain, nombre de chantiers annoncés sont en cours : le port en eau profonde de Kribi est prêt ; les travaux de construction du barrage de retenu de Lom Pangar sont en cours ainsi que ceux des barrages hydro-électriques de Memve’ele et de Mekin. La centrale à gaz de Kribi est achevée et est entrée en fonctionnement. Elle fournit 216 mégawatts d’électricité supplémentaire déjà injectée dans le réseau de distribution.

Les travaux du deuxième pont sur le Wouri ont démarré. De nombreux axes routiers sont en cours de construction ou de réfection, avec comme chantier d’importance, l’autoroute Yaoundé-Douala dont le financement pour le premier tronçon long de 100 Km est déjà bouclé. Les travaux de l’autoroute Yaoundé-Aéroport international de Nsimalen sont imminents avec le début de paiement des droits aux personnes victimes de déguerpissements le long du tracé. Mais qui paie quoi ? Comment ? Dans quelle condition ? Avec quels avantages ? Quelles limites ?

Au-delà de ces quelques projets d’envergure, le fait est que le Cameroun poursuit sa course vertigineuse vers le ré-endettement, pendant les Camerounais manquent toujours et cruellement d’infrastructures et de services sociaux de base. Eau potable, Structures hospitalières, Logements, routes dans les quartiers de nos grandes métropoles. L’enclavement dans les zones rurales et l’engorgement des routes dans les grandes villes plombent l’activité économique. Echangeurs et autres viaducs dans les grandes métropoles se comptent encore sur les doigts d’une seule main pendant que les budgets des communes et communautés urbaines financent pour l’essentiel les dépenses de prestige et de bien être des élus.

 

C’est que, le Cameroun des investissements navigue à vu, au grès des intérêts des lobbys financiers et les investissements prévus dans différents projets ne le sont pas à maîtrise d’ouvrage appropriée, ils ne seront donc pas réalisés par ni pour les intérêts internes, encore moins à un rythme soutenu. On le voit dans les villes comme dans les campagnes,  la réalisation des projets d’équipement des salles de classe en tables-bancs, la construction de logements sociaux, des adductions d’eau, exécutés dans le budget d’investissement public, sont confiés et réalisés par les multinationales, pendant que les entreprises locales sont invitées aux séminaires d’imprégnation aux avantages de la sous-traitance. Le faible taux de réalisation des investissements prévus dans les différents BIP qui se sont succédé depuis l’indépendance de notre pays a aussi un lien avec l’absence d’un débat et d’un consensus sur la politique d’investissement que le pays souhaite mettre en œuvre. A défaut de cette anticipation, il faudra encore attendre des lustres pour voir une entreprise locale gagner un marché, construire un pont en renflouant les caisses de taxes et autres impôts et en sécurisant au passage 500 emplois décents. Et dans ce cas, il ne faudra pas se plaindre de ceux qui, au nom de la diplomatie économique, ou de la coopération commerciale, ou de l’aide au développement ne manqueront pas de nous inviter à participer à la mise en œuvre de leurs politiques d’investissements.

Ce que je vois c’est que malgré l’apparente cohérence des cadres stratégiques de la politique de développement, les objectifs semblent formulés de l’extérieur, adossés sur les politiques extérieures, financés en grande partie par des ressources extérieures, pendant que notre budget est tenaillé pour assurer les remboursements. C’est quand même assez étonnant de le dire, le Cameroun ne dispose pas de caisse de dépôt et de consignation ; pas de banque ou d’agence propre chargée de son développement. L’argent souvent disponible dans le trésor public, issu du paiement des impôts et taxes n’est pas capitalisé et ne permet par exemple pas d’acheter à l’extérieur. Or, de grands projets ont besoins d’achat d’équipement lourds, hors du pays, et souvent exonérés de taxes douanières, donc avec des devises qui ne sont issus que de la vente des produits d’exportation : bois, pétrole, cacao, café, caoutchouc, ou de la dette. Cependant, le volume des importations est largement supérieur aux exportations, ce qui rend la balance commerciale déficitaire et quasi-impossible, la réalisation de nombreux projets d’investissements programmés. Il faut donc tendre la main aux « donateurs » d’où les prêts, le recours aux fonds issus de l’annulation de la dette en faveur des pays pauvres très endettés – Initiative PPTE au plan multilatéral, au C2D qui est le volet bilatéral et purement français de l’initiative PPTE.

Selon l’étude d’impacts des investissements publics sur le développement socio-économique et sur les conditions de vie des ménages du Cameroun, conduite par la Plateforme DESC Cameroun, en mars 2014, « l’essai d’évaluation de la portée des investissements publics sur les conditions de vie des ménages à partir de la mise en œuvre des mesures et actions adossées sur le DSRP et le DSCE montrent, a priori, que les effets pourraient être notables sur les conditions de vie des ménages, si le volume des investissements réalisés est important. »

 

Des freins à la réalisation des investissements publics sont aussi nombreux. Au plan interne, la corruption a ruiné le tissu économique national. La faillite des entreprises publiques, la mauvaise qualité de la dépense publique ruine également les efforts de financement des investissements publics. Ces comportements déviants freinent la croissance qui n’était que de 4,8% en 2013 alors que le gouvernement souhaite porter à 6% en 2014 dans le cadre du Plan d’urgence pour l’accélération de la croissance économique du Cameroun, suggéré par le président de la République lors de son discours à la nation le 31 décembre 2013. L’atteinte de cet objectif passe l’élaboration et la mise en œuvre d’une véritable politique nationale d’investissement, cohérente avec le DSCE, une réflexion stratégique sur le sens que le pays souhaite donner aux moyens de son développement, l’augmentation du taux d’exécution du budget d’investissement public pour le porter à 90% au courant de 2014, en faisant une bonne utilisation des ressources issues de la coopération bilatérale et multilatérale. C’est vrai que nous sommes en politique et dans ce domaine, c’est la fin qui justifie les moyens. Mais au risque de faire la politique de l’autruche, en matière de coopération internationale au développement et d’économie mondialisée de plus en plus libéralisée, la fin se trouve dans les moyens.

 

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