Home Editorial L’enjeu de la participation
L’enjeu de la participation PDF Imprimer Envoyer
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Écrit par Jules Dumas Nguebou   

« Mon peuple périt faute de connaissance. » Cette phrase biblique pourrait aussi qualifier les citoyens camerounais qui évoluent dans plusieurs secteurs, de façon empirique, et rencontrent très souvent des difficultés liées à la faible maîtrise des règles du jeu dynamique des secteurs d’activités dans lesquels ils se sont engagés. Le droit administratif et commercial figure en bonne place des outils qui méritent doivent être connus pour qui veut investir sans périr.

Dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’Appui à la Justice qui vient de fermer les portes à Yaoundé, après trois ans de loyaux services, l’initiative d’Assoal et de nombreuses autres organisations sociales camerounaises en appui à la vulgarisation du droit administratif et commercial est à saluer. Il s’agit d’une de ces réponses qui rêvent plutôt que de donner du poisson, mais à apprendre à pêcher. Le but étant de rompre le cercle vicieux de l’ignorance qui fait le lit de l’exclusion et de la pauvreté d’un grand nombre de « Monsieur Jourdain » du monde des affaires. Ces commerçants qui commercent en marge du marché, sans gain réel et qui ignorent la somme de leur perte, faute de savoir-compter. Banaliser le droit administratif et des affaires revient dans ce contexte à donner la chance à ceux là qui préfèrent l’informel par défaut de s’organiser pour être en mesure, dans le formel, de revendiquer leurs droits quand ceux-ci sont bafoués.

C’est de notoriété publique, au Cameroun, revendiquer son droit n’est pas une culture. Cet état de fait amené les gouvernants a multiplié des violations des droits des populations, sur les plans administratif et social, violation cachée sous le socle d’une administration procédurière et inutilement tracassière qui a généré au file du temps des poches de corruption abreuvant l’élite administrative et plombant les efforts d’honnêtes citoyens qui sollicitent des services administratifs auxquels ils ont droit.

Dans la vie courante, personne ou presque n’est plus conscient de ce que la mise à disposition de l’eau courante, de l’électricité, des infrastructures routières, scolaires ou hospitalières sont des droits humains et que des manquements à ceux-ci constituent de violations flagrantes des Droits de l’Homme. Des actions de protestations sont résiduelles et l’écart s’est normalisé. Dans la ville de Yaoundé, des quartiers affichent fièrement le record d’avoir déjà passé 8 mois et même plusieurs années sans eau courante. Une telle situation n’a jamais constitué une urgence pour les plénipotentiaires de l’appareil dirigeant.

Faute de mieux, les Camerounais évoluent dans l’illégalité dans plusieurs secteurs d’activités. Une étude du Centre de recherche forestière international (CIFOR) a révélé en 2011 qu’environ la moitié du bois commercialisé chaque année au Cameroun n’était pas enregistrée dans les systèmes officiels de collecte des données, puisque le bois est récolté sans permis, donc illégal. L’étude donne les ressorts de cette illégalité qui n’est pas voulue par les exploitants et les opérateurs locaux du secteur. C’est que, à cause d’une réglementation floue au niveau du commerce local du bois, les opérateurs locaux  sont classés au même niveau que les grands exportateurs du bois, ces acteurs préfèrent évoluer dans l’illégalité pour se faire une marge bénéficiaire. Les pots-de- vins versés à la police, à la gendarmerie et aux postes de contrôle forestier sont évalués par l’étude, à 650 millions de francs Cfa par an.

Interrogés par les enquêteurs, les opérateurs du secteur bois affirment vouloir payer s’il y a des procédures adaptées à leur catégorie et connues. Pour l’heure, seule la révision de la loi forestière de 1994, et un effort volontariste de formation des acteurs pourront ouvrir des perspectives claires aux marchands locaux du bois.

Par ailleurs, le secteur informel concentre plus de 90% de l’activité économique au Cameroun. Ces activités ne sont malheureusement pas traçables à cause d’un manque d’information et d’encadrement des porteurs de petites activités génératrices de revenus.  Ces petits opérateurs économiques souffrent de l’extrême fragilité de leurs  investissements, de l’ignorance ou de l’inexistence des avantages de la formalité ; des abus divers des agents communaux ; des impôts et autres taxes qui asphyxient les porteurs de micro-projets. Où et quand payer l’impôt libératoire, comment se faire enregistrer dans le registre de commerce, comment monter un projet en vue d’obtenir un financement dans une entreprise de micro-finance ? Combien de temps la démarche doit durer ? En cas d’abus qui saisir ? L’absence de formation et d’assistance est considérée comme un frein à l’éclosion des activités génératrices de revenus. Le projet PAJ et quelques initiatives de la société civile formatrice, en donnant la connaissance et le savoir-faire ont tenté de résoudre un pan du problème à travers les universités itinérantes citoyennes. Un programme de transformation sociale et de changement de comportement assez ambitieux !

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

 

Votre avis compte

A votre avis, les Mutuelles de santé sont: