Politiques d’habitat et du logement social au Cameroun Imprimer
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Écrit par Guensu Serge Bertrand   

L’épreuve des bidonvilles

 

Des solutions novatrices et moins coûteuses existent. Portées par des acteurs non-étatiques divers et peuvent permettre de construire des logements pour les plus démunis.

 

Selon le Ministère en charge du développement urbain et de l’habitat, le logement social est un ensemble d’opérations consistant à produire au bénéfice des couches démunies, un lot et/ou un logement, achevé ou non dont une partie du coût est à la charge de l’État (cf. MINDUH). Il est ainsi clair que l’Etat reste et demeure le principal acteur de financement du logement social, qui devrait tout d’abord cibler les populations à très faible revenu. Ceci étant en étroite harmonie avec l’esprit des instruments internationaux en matière de promotion et de protection des droits humains (l’accès au logement décent en est un) qui fait de l’Etat le premier détenteur d’obligations.

Malheureusement, il faut déplorer les prévisions minimalistes et peu ambitieuses du gouvernement en ce qui concerne les logements sociaux eu égard à la demande. En effet dans le document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE), le gouvernement dans ses objectifs spécifiques en matière de développement des infrastructures de développement urbain et de l’habitat, prévoit d’ici 2020 la construction de 17000 logements sociaux, soit 1700 logements par an (2010 étant l’année de référence). Pourtant, le déficit est estimé à environ 1 000 000 d’unités. Une analyse du mode d’occupation des logements au Cameroun permet de classer les ménages en trois groupes : les ménages propriétaires qui représentent une grande proportion, les ménages locataires et les ménages logés gratuitement. Les ménages propriétaires le sont devenus essentiellement pour la plupart à partir de la mobilisation de l’épargne personnelle et d’une approche d’auto-construction le plus souvent non assistée.

De la nécessité de solutions alternatives tri articulées sur fond d’économie sociale et solidaire

Dans tous les cas considérés, les villes Africaines, en dépit des politiques volontaristes observées ici et là, restent pour la plupart dans une anarchie totale et sont foncièrement déficitaires en logements. Ce déficit s’exprime en centaines de millions de logements et c’est à partir des politiques novatrices et alternatives que le gap peut être comblé. Les États à eux seuls sont incapables de satisfaire cette demande sociale qui participe davantage du droit de chaque citoyen au logement dans un environnement approprié et écologiquement vivable, que de la magnanimité des pouvoirs publics.

L’heure doit être à la concertation multi-acteurs si d’aventure on escompte avec chance de succès l’avènement des villes africaines moins ségrégationnistes et de mieux en mieux égalitaires, des villes poétiques où le vivre ensemble se conjugue au présent avec des populations qui convergent en toute harmonie et intelligence dans une ambiance bon enfant.

Pour cela il faut relever entre autres défis :

-          la promotion du droit au logement comme impératif catégorique ;

-          la sécurisation foncière ;

-          la planification urbaine ;

-          l’accaparement des terres,

-          la promotion et l’appui aux coopératives d’habitat ;

-          la disponibilité des fonds rotatifs en faveur du logement social ;

-          la défiscalisation des matériaux de construction destinés au logement social ;

-          la promotion et l’utilisation effective des matériaux locaux dans les constructions ;

-          la chaine de production des matériaux locaux ;

-          la bourse des matériaux ;

-          le développement de l’économie sociale et solidaire autour des projets d’habitat et du logement social.

 

Ce dernier défi, à savoir la promotion de l’économie sociale et solidaire est fondamentale, mais ne va pas de soi. Elle est fonction d’un véritable dialogue tri articulé, État, marché et société civile. Or dans le contexte national actuel, comme c’est d’ailleurs le cas même en occident, la frontière est mince entre l’État et le marché. De plus en plus les gouvernants se confondent au marché qui fait et défait les États. Finalement le dialogue à trois n’est qu’une farce où en dernière analyse, c’est la société civile qui seule affronte les élus désormais complices du marché. Cette situation complexe et bipolarisée fait appel bien plus à une démocratisation véritable des sociétés africaines, une humanisation du marché et des systèmes de gouvernance.