Investissement public au Cameroun Imprimer
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Écrit par Ludovic ATEBA   

Impact mitigé sur la qualité de la vie des citoyens

 Présenté le 4 août 2015 à Yaoundé, l’étude d’impacts des investissements publics sur le développement socio-économique et sur les conditions de vie des ménages révèle que les politiques engagées par le Gouvernement sont dans une large mesure des slogans de mobilisation des populations et non des instruments de sensibilisation à la participation politique.

 

Sous la coordination du Pr Isaac Tamba, cette étude a permis d’apprécier l’importance de la portée des investissements dans le processus de développement du Cameroun. En ce qui concerne les Droits Economiques, Sociaux et Culturels, la ratification du Protocole Facultatif du Pacte International des DESC (PF-PIDESC) par le Cameroun  contribuerait à une plus grande garantie des droits économiques et, ce faisant, exercerait une pression supplémentaire sur l’Etat pour la promotion desdits droits. Le Protocole facultatif permet de renforcer la capacité des personnes à faire valoir leurs droits économiques, sociaux et culturels non seulement à l’ONU, mais aussi aux niveaux régional et national, en encourageant le développement de voies de recours utiles. Par voie de conséquence, il s’en suit une clarification des obligations du Cameroun à l’égard de ces Droits de l’Homme, qui devra adopter des mesures positives supplémentaires susceptibles de faciliter l’accès à la justice au niveau national.  D’où la nécessité de déclencher le mécanisme de ratification du Protocole facultatif.

Sur les investissements publics, il ressort que la dynamique mise en place par le Cameroun laisse entrevoir des actions hétérogènes au lieu d’une politique harmonieuse. Pour les auteurs de l’étude, il n’existe pas  une véritable politique d’investissement public au Cameroun au sens d’une politique publique ou d’un programme d’action gouvernementale orienté dans la résolution d’un problème public conformément à un référentiel global, qui rétablit la cohésion des acteurs et la cohérence de leurs actions.

Ils soutiennent que l’absence d’un référentiel global et les différents cadres conceptuels ne sont pas suffisamment structurés pour jouer le rôle de référentiel des politiques publiques d’investissement. Il s’agirait donc dans une large mesure de slogans de mobilisation des populations et non des instruments de sensibilisation à la participation politique à une action publique.

Cette carence idéologique soutient l’étude, n’aura pas de véritable effet pendant la période des plans quinquennaux fortement marquée par le charisme du président Ahidjo qui exerçait sur les investissements publics, sa volonté personnelle.

 

Ensuite, la double crise politique et économique de la période 1983-1993 sera révélatrice  de cette incapacité du dispositif idéologique à jouer le rôle de référentiel de la politique des investissements publics pour des différents acteurs qui émergeaient progressivement de l’environnement des investissements publics. C’est à cette période que les institutions internationales se rendront compte qu’elles interviennent de manière désordonnée dans le champ des investissements publics sans une véritable coordination, ni concertation et qu’elles financent souvent les mêmes projets et des projets non conformes aux objectifs de développement du Cameroun.

Enfin, la non maîtrise des ressources financières nécessaires à la mise en œuvre  de ces investissements poussera l’Etat à solliciter des prêts et des dons des bailleurs de fonds qui redéfinissent en fonction de leurs priorités les secteurs qu’ils financent. Dans cette situation, l’Etat abandonnera toute sa démarche stratégique et à long terme pour attendre des acteurs externes l’essentiel des financements sous conditions. Ils s’accorderont désormais sur les principes devant conditionner leur intervention financière dans les différents projets de développement, notamment le PAS, les projets PPTE…

Toutefois, des mesures sont entreprises pour conduire le Cameroun vers la construction d’une politique publique cohérente. On peut citer notamment l’arrimage au budget-programme, l’implication des populations à l’identification des problèmes qui feront l’objet d’une politique, la recherche d’un accord global sur l’orientation des projets de développement.

En  l’absence d’un référentiel global permettant à tous les acteurs intervenant dans le processus de s’accorder sur le sens et l’orientation de leur action et d’établir la cohérence entre les actions entreprises dans le processus d’investissement public, les actions entreprises sont davantage d’une succession d’actions publiques d’investissement menées par l’Etat ou d’autres acteurs  par ajustement approximatifs, non pas en fonction des problèmes qui sont identifiées par les populations et le projet de société conçu par l’État, mais en fonction des opportunités de financement qui s’offrent, soit dans le cadre du budget-ressources, soit de manière contingente  et incertaine par les bailleurs de fonds  internationaux ou locaux.